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Gènes en culture

16 avril - 6 septembre 1998

La génétique n'est plus cantonnée aux laboratoires des chercheurs. Elle se situe à la croisée des développements scientifiques et technologiques et des choix de société.

Elle semble aussi rejoindre des aspirations mythiques très anciennes: transformer l'identité des êtres vivants; connaître les fondements de la vie; diagnostiquer et maîtriser la destinée; imaginer pouvoir créer des êtres de toutes pièces.

L'exposition "Gènes en culture" propose un parcours dans lequel s'entremêlent les connaissances et les possibilités actuelles de la génétique, leur histoire et leurs représentations imaginaires qui nous rappellent l'actualité de ces mythes. Ce parcours est organisé en quatre sections, chaque section étant introduite par un verbe.

Transformer : le naturel et l'artificiel
Une peinture romantique d'une nature déchaînée, un champ cultivé par le travail de l'homme, des graines de maïs modifié génétiquement. Nature inviolée, nature apprivoisée, deux conceptions qui se heurtent dans des graines transformées au cœur de leurs gènes. La génétique ravive ces idéaux contrastés, entre la nostalgie d'une nature perdue et l'aspiration croissante vers sa maîtrise.
Ces conceptions engendrent des images idylliques ou diaboliques qui orientent nos interrogations et nos convictions. Sommes-nous sur le point d'atteindre le paroxysme de l'artificialisation de la vie? Continuons-nous par d'autres moyens l'histoire immémoriale de la domestication de la nature?
Ces questions nous rappellent avec insistance que nos conceptions de la nature sont aussi construites par nos actions, nos contraintes, nos choix et notre imagination.

Connaître : le verbe et la matière
La raison qui dévoile la Nature, un univers stable depuis le sixième jour de la Création, une double hélice d'ADN. Deux manières de comprendre le monde aux prises avec la structure fondamentale du vivant. La génétique recompose la diversité du vivant sous l'universalité de son code. Les compartiments de l'Arche de Noé se sont brisés comme les grilles de classification des zoologues et des botanistes. Nous voici tous cousins, de la bactérie au lapin, de la tarentule à l'homme.
Parce qu'elle permet de comprendre le monde à une échelle si fondamentale, la science se transforme parfois en mythologie. Les figures du sauveur ou du savant fou rivalisent sur les planches de nos imaginaires. Comprendre comment nous en sommes arrivés à ce que nous savons est une manière de combler le fossé entre la marche de la recherche et la fable de la science.

Identifier : L'héritage et la destinée
Deux livres de chiromancie avec main, un arbre généalogique avec armoiries, un document de diagnostic génétique. Les lignes de la main, les filiations familiales et les traces de la présence ou de l'absence d'un segment de patrimoine génétique sont autant de façons d'identifier les signes de nos héritages pour orienter nos futurs.
Toutes les cellules de notre corps portent la marque de nos gènes. Ce sont eux qui façonnent l'identité biologique de chacun d'entre nous. Ils déterminent ou nous prédisposent à certaines maladies. On croit parfois que la génétique détermine également des traits des comportements, des aptitudes physiques ou encore l'intelligence des personnes. Aucune recherche sérieuse n'en apporte pourtant la preuve et toute enquête dans cette direction est douteuse si elle néglige le fait que nous ne sommes pas entièrement biologiquement déterminés.
Dans l'imaginaire et dans le langage commun, le gène est parfois le support de toutes les déterminations et de toutes les prédispositions. Il arrive alors que l'on demande à la génétique plus qu'elle ne peut donner: livrer les clefs de la destinée comme le ferait une diseuse de bonne aventure.

Créer : La tentation et la peur
Zeus créant tous les êtres vivants, Prométhée rivalisant avec les dieux à qui il a dérobé le feu, des bactéries qui produisent de l'insuline. Deux mythes de la création et de la connaissance éclairent d'un jour contrasté cet avatar de la science et de la technique génétique.
En permettant de transférer des gènes d'un organisme à un autre, la génétique semble pouvoir redistribuer les cartes de l'ordre de la nature et de l'identité des êtres vivants. Elle renoue avec une préoccupation permanente de l'imaginaire: la monstruosité. Le monstre est toujours caractérisé par l'écart: un mélange d'êtres différents, des êtres difformes en regard d'un modèle physiologique, anatomique ou esthétique; des chimères à la fois organiques et mécaniques.
Ici, l'écart est aussi celui qui sépare l'intervention humaine d'une supposée sagesse naturelle. Les peurs et les incertitudes face à la génétique nous rappellent notre difficulté à penser le mélange des natures.

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