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Le dernier continent ou la Waldau, asile de l'art
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Le dernier continent ou la Waldau, asile de l'art

17 octobre 1997 - 11 janvier 1998

Recherche aux archives de la Waldau: récit d'un voyage entre le délire et l'art

Au moment où Christophe Colomb découvre l'Amérique, les nefs des fous chargées de leurs passagers délirants dérivent sur les fleuves d'Europe. La confrontation avec l'étrange permet aux Occidentaux de prendre leurs distances face à cet autre qui vit en eux-mêmes: la psychiatrie naît à la Renaissance; l'âme humaine devient le dernier continent à explorer.

La Waldau, l'hôpital psychiatrique de Berne, et celui de Münsigen, situé à proximité, ont un point commun: ils sont les refuges de nombreux artistes. Le poète Robert Walser, le scénographe et théoricien du théâtre Adolphe Appia, " l'étrange poète " Hans Morgenthaler, l'écrivain Friedrich Glauser, le danseur Vatslav Nijinski et d'autres personnalités exceptionnelles, tel le grand joueur d'échecs Hans Fahrni, passent ici une partie de leur vie. Beaucoup d'entre eux demeurent créatifs pendant ces périodes d'internement, de sorte que ce lieu de contrainte devient malgré tout un havre de liberté, ce lieu de souffrance, un espace de création. Au début de ce siècle, le psychiatre Walter Morgenthaler crée sous la dénomination " Stiftung Psychiatrie-Museum Bern " la plus vaste collection jamais réunie en Suisse d'oeuvres d'artistes schizophrènes. Jusqu'à ce jour, ces quelques milliers d'oeuvres plastiques, dues le plus souvent aux patients de la Waldau, ont été peu accessibles au public. Il s'agit principalement de dessins, d'aquarelles, d'huiles et de collages sur papier, plus rarement de sculptures et d'objets, mais également de textes. Ces oeuvres sont le fait de 273 patients entre la fin du XIXe siècle et les années cinquante du XXe. Par la suite, la psychiatrie ayant changé, l'hôpital cesse d'être un lieu d'exil, les neuroleptiques entrent dans la thérapie: le délire n'engendre plus d'oeuvres.

L'exposition présente une sélection de ces artistes-peintres souvent inconnus. Abondante et étrange, leur oeuvre paraît néanmoins singulièrement familière. Souvent, leur vie est une tragédie humaine, et parfois, mais très rarement, une comédie, comme Heinrich Anton Müller ou Adolph Wölfli, dont l'oeuvre, tout au moins, a trouvé le chemin vers l'extérieur.

La sélection présentée montre que les artistes de la Waldau interrogeaient formes et contenus autant que l'avant-garde artistique du XXe siècle. La confrontation avec Paul Klee, Andy Warhol, Jean Tinguely, Jean Dubuffet, Marcel Duchamp ou Daniel Spoerri ouvre des perspectives nouvelles et fait surgir de surprenants parallèles entre les sources d'inspiration.

De la Waldau, le fil conduit aussi à la littérature de cette époque: Hermann Hesse s'intéresse à l'art des schizophrènes et correspond avec " Hamo ", interné à la Waldau; Monique Saint-Hélier recommande son médecin, Walter Morgenthaler, à Rainer Maria Rilke; ce dernier s'exprime au sujet de Lou Andreas-Salomé, élève de Freud, de Baladine Klossowska, mère de Balthus, et de la monographie que Morgenthaler a consacrée à Wölfli; Blaise Cendrars fait commencer son roman Moravagine à la " Clinique Waldensee " près de Berne...

Cartographie de l'esprit créateur dans ses reliefs les plus surprenants, cette exposition invite à découvrir les paysages d'un ultime continent où l'art, la littérature et le délire se combinent en constellations fascinantes.

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